Le Musée des beaux-arts de Montréal a récemment ouvert une salle permanente consacrée à Napoléon Bonaparte. Y sont exhibés des objets luxueux, révélant lenvironnement riche et fastueux dans lequel vécut lempereur ou par lesquels sa gloire fut commémorée. Le récent projet de Dominique Sirois prend source dans ce cadre muséal, lequel est aussi un milieu de travail pour lartiste lorsquelle y occupe la fonction de gardienne de sécurité. Linstallation U Cant Touch This propose un décor pouvant rappeler à plusieurs égards une salle dexposition classique présentant des objets précieux, exotiques, symboliques, fruits des mainmises de la colonisation. Pourtant, que ce soit dans la matière, la forme ou le symbole, chaque détail participe dune simulation, contredisant les goûts classiques et dédoublant lensemble des codes représentés. Cest ainsi que sinsère ici, contre toute attente, lunivers de la musique rap de la fin des années 1980. Les chaînes en or, le miroir, le plancher de danse, les accessoires clinquants côtoient librement larchéologie pharaonique et les socles de marbre. Au centre de cette atmosphère métissée se pose la question de la valeur, celle des uvres de collection, des matériaux précieux, mais aussi les mérites que lon accorde à certains objets culturels, dont la gloire est parfois éphémère. La présence de laminés trouvés dans des brocantes souligne de manière significative ce phénomène de mode passagère; tout comme les succès musicaux d'une période révolue, ces objets sont aujourd'hui rejetés, voire oubliés.
Si la notion de propriété privée est sous-jacente à lensemble de linstallation, elle se révèle de façon plus directe dans son cadre sonore. De fait, à lapproche de certaines sculptures, une alarme retentit, à la manière des signaux dinfraction dans les musées. Ici, le rythme redondant laisse toutefois deviner des chansons autrefois très populaires, dont le célèbre « U cant touch this » de MC Hammer. La restriction des gestes quimpose cette mesure de surveillance contraste avec la nature divertissante de la musique, brouillant une fois de plus la fonction des objets, mais aussi celle de leur cadre de présentation. Dominique Sirois engage de cette façon une réflexion étendue sur le processus et les a priori de la mise en exposition.
A.S.
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