Le travail de lartiste torontois Jon Sasaki est ancré dans lexpérience de la futilité. En projetant des actions dans l'exécution desquelles lessai et lerreur sont constamment réitérés, ses uvres vidéographiques confrontent la notion de réussite, aussi bien dans le domaine artistique que dans les gestes du quotidien. Une forme de cynisme se dégage de ces mises en scène à caractère performatif : un cycliste pédale à toute vitesse, sans relâche, mais avance à une vitesse ridiculement lente ; un homme tente datteindre le sommet dun mur en superposant des échelles de petites taille, inadéquates pour lescalade escomptée. Du fait quils sont présentés en boucles, ces courts scénarios forment des univers auxquels il est impossible déchapper, rappelant de façon parfois surréaliste des situations cauchemardesques.
Luvre Crossroads, que lartiste aborde comme un essai cinématographique, présente une célèbre intersection de Clarksdale, dans le Mississipi, là où le bluesman Robert Johnson aurait vendu son âme au diable en échange de talents exceptionnels à la guitare.
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Comme le souligne Sasaki, « depuis quil y a des croisements de routes, ces derniers sont perçus comme des symboles du choix. » Lhésitation est appuyée par le point de vue de la caméra qui, au lieu dopter pour une des quatre voies offertes par lintersection, se redirige constamment hors piste, générant de nouveaux chemins, de nouvelles possibilités.
Ces réorientations successives provoquent un effet de désorientation ; le poids de lindécision renforce la nécessité de sengager entièrement dans une avenue donnée, sans toutefois y parvenir. Captée en longues séquences continues denviron une trentaine de minutes, Crossroads exige une attention soutenue, voire inhabituelle, du spectateur habitué aux coupures du montage cinématographique. Présentée sur une surface étendue, la projection impose des qualités immersives qui peuvent déstabiliser et ainsi rappeler lindétermination dont traite le scénario.
A.S.
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