Parmi les multiples composantes qui révèlent la condition matérielle du corps humain, la dimension charnelle est un aspect des plus évocateurs, mais aussi des plus marqués par le passage du temps. En tant que matière enveloppante, la peau est effectivement contrainte à se transformer, phénomène redouté par plusieurs, mais difficile à renverser. Ce corps matériel, voué à une finalité certaine, est le point dancrage des sculptures de Chantal Durand. Ce qui est en jeu, ce sont avant tout les matériaux, leurs qualités tangibles, leurs propriétés spécifiques. En optant pour des éléments peu communs en sculpture, lartiste entend engager le spectateur dans une expérience de prime abord sensorielle.
La perception tactile devient ainsi le lieu dune expérimentation sur la rencontre des matériaux, donnant lieu à des objets abstraits, allant de la poche de silicone chargée de quelque 300 lbs de lard à linforme masse de fourrure et de chair simulée. Les procédés de moulage, dalliage et de modelage ne vont pas sans un travail de conceptualisation active à travers les différentes étapes de réalisation, soit à travers le contact direct avec les matériaux choisis. Il est dautant plus compréhensible que ces objets appellent le toucher, de même que le regard sur leurs états passagers. Cest notamment le cas du volume gisant sur le sol, et dont lenveloppe poreuse et extensible de silicone permet dobserver les réactions à la chaleur et à la gravité, à la manière dune démonstration de notre propre état organique et éphémère. Toutefois, cette façon de travailler les couleurs et les textures afin de simuler un épiderme humain en soi artificiel (ton uniforme, reliefs égaux), ou encore dévoquer notre corporalité par le biais de la fourrure animale, met de lavant un certain caractère burlesque, où limperfection devient matière à penser notre propre matérialité et à laccepter avec humour.
A.S.
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